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Iraj Valipour
Le Poète et l’Imam
168 pages, 14 euros
ISBN 978-2-9541329-7-6
 
Citation
« Mon programme révolutionnaire s’en trouva perfectionné. On n’avait encore jamais vu une révolution tirer sa victoire de la haine du progrès : d’où cette farce que fut la révolution nationale de Pétain face au fascisme du Duce, ivre de futurisme. J’agiterai les oripeaux des réalisations technologiques du Grand Satan pour galvaniser les foules, scandalisées devant tant d’arrogance (...).
 
Présentation du livre
A travers des récits-tiroirs, le poète-narrateur, conseiller d’un imam, nous transporte dans le monde de la contre-culture d’IXanie. Le lecteur découvrira une suite d’enquêtes sur le chamanisme urbain, sur la première centrale nucléaire du monde, sur la cyberguerre, sur des chercheurs en technologie régressive...
 
Points forts
Le Poète et l’Imam est une réflexion sur le pouvoir. Sous les apparences de la satire et de la caricature, transparaît la problématique de l’individu face au pouvoir institutionnel ; c’est même le point de fuite qui donne à ces récits leur perspective.  Pour ne pas être réduit à l’état d’objet, le seule défense de l’individu (ici le Poète) consiste à réveiller la paranoïa et la mégalomanie du gouvernant (ici l’Imam). Aussi le roman d’Iraj Valipour organise-t-il cette variation  de la folie en utilisant des notions comme le chamanisme urbain, la décroissance, l’atome, l’énergie mentale, la croyance religieuse...
 
L’auteur
Iraj Valipour nous plonge dans les coulisses du pouvoir et pose aussi des questions essentielles sur la relation de l’être avec l’au-delà et le néant.
Il a enseigné la science des religions dans plusieurs pays. Le Poète et l’Imam est son premier roman.
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d’Iraj Valipour,
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Le Poète et l’Imam 

C’est drôle comme on ne peut se départir de ses premiers acquis. Mon père m’apprit à déclamer l’iXanien en récitant les épopées de Ferdowsi. Tant bien même j’écris en français, je ne le peux que dans le même style guindé. J’ai beau haïr la raideur de mon père, mon style est aussi figé que la posture qu’il exigeait de ses hommes. D’une génération à l’autre, les progrès sont infimes. Il parlait de lui à la troisième personne ; j’y parviens à la première. Il écrivait des vers en comptant les pieds comme quand il défilait ; à quinze ans, j’étais adepte du vers libre. Mais je n’arrive toujours pas à croire en rien et me fais une haute idée du destin. 
En 1976, le destin me propulsa à Paris dans l’armée de l’ombre d’Ali Choukrouti. Cet opposant, de dix ans mon aîné, m’en imposait, mais le lien qui nous unissait tenait à des acquis tout ce qu’il y a de plus traditionnels. Mes grands-parents s’étaient établis à Zâhedân pour en tenir la garnison sitôt que le régime impérial des Ponlevi en établit une à l’aube des années quarante, mais ils venaient de Meshed, la ville des Choukrouti. Eux y restèrent, ce qui scella entre nos deux familles un fructueux commerce caravanier le long de la frontière orientale de l’IXanie. 
J’héritai de ce lien avec Ali, l’entretenant plus par le commerce des armes que des idées, trop raide pour naviguer dans sa dialectique entre islam et communisme. De son côté, il m’estimait pour un fait d’armes purement imaginaire. Je m’étais fait arrêter dans un car avec quelques pièces détachées d’armes automatiques enroulées pêle-mêle dans le linge sale de mon sac de sport. Quand le bruit courut que les services de la Savak m’avaient épinglé, il a suffi à me tailler une étoffe de héros. 
Je m’étais bien gardé de dire que les deux officiers débonnaires qui m’avaient arrêté se contentèrent en guise de tortures de me tirer les oreilles. Leur « sois studieux et tais-toi » s’accompagna, à quelques mois de là, d’une confortable bourse de la Fondation Ponlevi pour m’aider à finir mes études à Paris. Mon seul acte révolutionnaire fut d’en finir avec la chimie et de m’inscrire en socio à Nanterre. Pour Ali, j’étais encore chimiste et, voulant faire de moi un trafiquant d’armes, il me donna mission d’alimenter les réseaux de l’OLP. Il en résulta beaucoup de temps libre, presque autant de poèmes.
Pendant ce temps, Ali Choukrouti se posait de plus en plus en opposant. Toute l’idéologie séditieuse acquise sur les tables du café de Flore, il en ensemençait la religiosité iXanienne et attendait le bouquet final. De son pavillon de Southampton, il trouva enfin le bon détonateur : quelque clerc tout à la fois assez naïf pour jouer à Savonarole et roué pour impressionner le peuple. Aux bonnes fins de ce programme, Ali intrigua pour qu’un Imam, exilé depuis quinze ans chez les IXakiens, trouvât un lieu d’accueil où, la gauche l’encadrant, il fasse figure de sceau de la révolution. Seulement Ali cassait sa pipe le 19 juin 1977.